31 janvier 2012 1 Commentaire

Merci Mr Pozzo di Borgo!

Merci Monsieur Pozzo di Borgo!

Tout jeune Fondé de pouvoirs à la BFCE (la désormais fusio-absorbée Banque Française du Commerce Extérieur *) à Reims, j’eus de la chance.
Comme d’autres certes, mais au final pas si nombreux, je fus reçu dans une maison emblématique de Champagne (fusionnée aussi depuis mais, politique de marque oblige, dont le nom demeure). Mon patron de l’époque avait en effet le bon réflexe managerial de faire partager à ses « juniors » des moments importants. C’est ainsi que nous déjeunâmes tous deux avec l’hôte des lieux, Philippe Pozzo di Borgo .
(Oui, l’homme du film « Intouchables », celui-là même)
Une table dressée pour trois, minuscule et intime au centre de ce grand salon de réception du style du 3eme Bonaparte si mon souvenir est exact.

Il est des instants de lumière intense dans une jeune carrière, et c’en fut un. Brillant et serein, notre hôte me surprenait tant par son charisme que par ses étonnantes simplicité et gentillesse. Tellement brillant!
Quelques mots suffirent pour faire comprendre les enjeux d’un modèle champenois -le vin à bulles, j’entends!- pourtant si complexe en ce  début des années 90.
Deux heures d’écoute, à me gaver,- non de ce qui fut sans doute, je n’en garde aucun souvenir, un fort bon dejeuner-, mais des propos, du regard et de la maîtrise de cet homme profond et simple. Ne me dit-il pas en un sourire complice que Borgo signifiait « bougre » en italien?.
Un honneur.

Aussi ma peine fut-elle grande et sincère lorsque j’appris, quelques mois plus tard, l’accident de parapente qui avait frappé cet homme à qui tout souriait et avant tout l’avenir! Carpe diem…
Au  hasard des rencontres professionnelles avec d’autres managers de grandes maisons de vins -tranquilles ou non-, je demandais souvent si quelqu’un avait de ses nouvelles. Les « anciens » du groupe Moët étaient les mieux informés que je trouvais. Certains avaient des news plus ou moins fraîches, plus ou moins rassurantes (je suis longtemps resté avec l’image d’un homme figé dans un lit d’hopital et qui luttait pour retrouver un usage, même minime, de certains de ses membres). Ma lecture du « scaphandre et du papillon » fut inondée de pensées pour l’ex- dauphin de la maison Pommery.

Quel bonheur, alors, que la sortie de ce film! Et ce n’est pas l’argent -qui peut beaucoup certes- mais le besoin de dire l’extrême humanité d’une situation, qui en est à l’origine -laissez-moi cette illusion s’il vous plaît, mais j’y croît fermement.

Face à la souffrance physique, la maladie puis la mort, nous redevenons -ou devenons- tous des hommes. Révélés en ce que nous sommes derrière nos apparences passées.

Merci donc, Monsieur Pozzo di Borgo!

Car l’homme a besoin d’exemples pour « grandir » et garder espoir.

Mon père en fut un, à sa manière. Mais je l’ai vu trop tard, puisque c’était mon père et que j’étais si jeune !
Et pourtant, dix années durant et malgré l’irréversible verdict que le « Corps médical » lui asséna à compter de ses 45 ans, il tint bon et garda ses rêves et des projets intacts.

Puis, regardant à l’extérieur, je vois ce prêtre qui me tint lieu de père spirituel après le « départ » de celui de chair. Un autre héros de la résistance physico-mentale. Responsable des pèlerinages en terre sainte pour le diocèse de Lille, il poursuivit son oeuvre de paix jusqu’à la fin.  Pourtant dans de redoutables douleurs liées à la traitrise du corps.
Oui, oeuvre, paix. Je fus touché en plein coeur par cette photo de l’ »Abbé », dans une accolade non feinte avec à sa droite un arabe musulman et à sa gauche un juif. Tous trois riant, photographiés en plein Jérusalem. « No comment ».

En resserrant le cercle du géo-temporel, je pourrais encore -et surtout aujourd’hui-, décrire la leçon de courage et de désir de vie qu’il m’est offert de recevoir par un ami d’enfance qui fit faux-bond (bondir par dessus la faux?) trois fois de suite à la « grande faucheuse ». A bas! les cancers et comas répétés! Il est là, debout chaque jour pour mener a bien un projet professionnel plus « adapté » à son nouvel état physique. Mais surtout c’est lui, qui pourrait se reposer sur les lauriers d’un farniente bien mérité, qui anime et nourrit son entourage de son enthousiasme, de sa sérénité et de sa perpétuelle quête d’humanité et d’excellence dans sa relation à l’autre.

Quel exemple. Quelle chance de l’avoir pour ami. Quel dommage que seul le cercle restreint de ses connaissances directes puisse bénéficier des bienfaits d’une amitié si riche.

Tant de héros anonymes.

Alors, pour revenir à Monsieur Pozzo di Borgo:  Dieu merci! cette Force là ne sera pas demeurée incognito.
Et qu’importe le reste? Les probables inévitables faiblesses humaines, les éventuelles arrogances des débuts? Pas sûr, d’ailleurs, malgré une vie qui put être facile (St François ne fut-il pas ce jeune cavalier arrogant dans l’Assise de sa jeunesse?).
L’important est ce qui a surpassé, et nous parvient. Ce merveilleux exemple de courage.
Il a sans doute fallu plus de force de caractère a cet homme pour remuer à nouveau un doigt qu’il ne lui en aurait fallu pour devenir manager d’un des principaux « empires » agro-industriels de ce monde.
Tout simplement, sans doute, le courage d’avoir celui de vouloir respirer, jour après jour, de vouloir rester et d’y croire.

Merci!

(*) fusion-absorption évoquée sans regret, car pour en avoir vécu au moins quatre, j’estime que les fusions d’entreprises sont comme les bons -et si rares-, elles font « grandir ».

F.Bossaert, le 31/01/2012

Une réponse à “Merci Mr Pozzo di Borgo!”

  1. Annick 31 janvier 2012 à 15:23 #

    Voila des pensées graves qui donnent a réfléchir !
    l’homme est capable du meilleur comme du pire !
    Mais quand il choisit de grandir en devenant meilleur et qu’en plus il reste humble et humain alors l’espoir fait parti de ce monde
    Annick


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